Il y a peu, j’ai assisté à une campagne de sensibilisation sur le harcèlement de rue. Il s’agissait d’une projection de différents scénarios avec des questions à choix multiples auxquelles nous étions invités à répondre. Dans un effort de politesse et de curiosité, je me suis prêté au jeu. Hélas, au fur et à mesure que le jeu évoluait, je me rendais compte que tous les scénarios traitaient du harcèlement envers les femmes ou identifiaient l’homme en tant qu’agresseur. Un des scénarios présentait les options suivantes :

Dans la rue, vous apercevez une jeune fille qui marche sur le trottoir :
A – Vous vous rapprochez et tentez de la draguer
B – Vous restez de loin et sifflez pour attirer son attention
C – Vous l’a suivez doucement pour savoir où elle habite
D – Vous changez de trottoir pour qu’elle se sente en sécurité

Plongé dans l’ambiance festive qui régnait, la plupart des participants ont choisi la réponse D sans chercher plus loin.

« Oui mais joue juste le jeu ce n’est pas bien grave ».

J’ai tout de même osé et demandé :

« Et s’il y a une autre femme sur l’autre trottoir, qu’est-ce qu’un homme est sensé faire ? »

Sans hésité, elle s’empressa alors de répondre simplement.

« Eh bien, vous rechangez de trottoir ».

Si la majorité des participants n’y voyait qu’une animation entre deux tournois de jeux vidéo dans un bar, pour les hommes victimes de violences, c’est bien cette propagande qui les empêche de parler de leur malheur de peur d’être tourné en ridicule. Après tout, comment un oppresseur pervers pourrait être une victime ? Qui irait croire une telle histoire ?

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Cependant, l’histoire de Maxime Gaget qui a subit plus de 15 mois de torture infligés par son ex compagne Zakia Medkour, est bel et bien réelle.

J’ai eu droit au supplice de la douche glaciale en plein hiver. Ça a été le début de l’horreur. Des coups de poing, de manche à balai au niveau du tibia qui a entraîné un début de gangrène, des coups de poêle à frire à l’arrière du crâne, de presse-agrumes sur le corps, une brûlure avec un couteau chauffé à vif… La liste des violences est longue. J’ai eu l’arrière du cuir chevelu lacéré, le cartilage du nez détruit, le lobe de l’oreille gauche complètement arraché, de multiples factures. confiait-il à un journaliste de 20Minutes.

Lorsque le journaliste lui demanda pourquoi il n’avait pas contacté les autorités, il a répondu :

J’étais psychologiquement verrouillé. Je ne me voyais pas sortir cette information par rapport au tabou que ça impliquait. J’aurais été pointé du doigt. Il y a une part de peur, et de honte dans la mesure où la masculinité se prend une belle claque… »

C’est le propre frère de Zakia qui aura contacté les proches d’un Maxime ayant perdu plus de 30 kilos, pour que ces derniers lui sauve la vie à laquelle il était sur le point de mettre fin.

Quant à Zakia, elle fut condamnée à trois ans de prison dont dix-huit mois de sursis avec mise à l’épreuve et 200.000 euros d’indemnisation à Maxime. Une peine aménageable qui pourrait lui permettre d’éviter l’incarcération.

Si Maxime préfère se focaliser sur son nouveau départ, il remarque tout de même qu’elle s’en tire à bon compte.

Malheureusement, les hommes victimes de violences sont moins rares que l’on tend à l’imaginer. En outre, en France, le peu de victimes qui osent en parler ne reçoivent pas de soutien des autorités. En effet, il n’existe pas de service de prise en charge pour les hommes. Ironiquement, pour obtenir des statistiques officielles sur les hommes battus il faut se rendre sur stop-violences-femmes-gouv.fr, un site du « Ministère des Familles, de l’Enfance et du Droit des Femmes ». Il n’existe pas non plus de ministère mettant en avant les droits des hommes (avec petit h).

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Selon une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, entre 2012 et 2013, 149.000 hommes furent victimes de violences conjugales contre 398.000 femmes soit, tristement, un homme tous les 14,5 jours contre une femme tous les 3 jours.

Néanmoins, les femmes ont une plus grande facilité à se déclarer victimes que les hommes. L’ONDRP révèle également que sur 100 personnes, 10 femmes contre 3 hommes déposeront plainte suite à l’agression.

Par ailleurs une enquête menée par l’agence de statistiques canadienne « Statistics Canada« , dans laquelle on encourageait les hommes à se confier sur leurs sentiments, a montré plus d’hommes ayant souffert de violences conjugales. Ainsi de 2009 à 2014, 418.000 hommes contre 342.000 femmes auraient été victimes de violences conjugales.

Quels seraient les résultats d’une pareille étude en France ? Pour ce faire, il faudrait déjà reconnaître la violence conjugale faites aux hommes.

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Aucune instance officielle ne traite spécifiquement de la situation des hommes.

Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison après avoir assassiné son mari de trois coups de fusils dans le dos, invoque la légitime défense contre un mari alcoolique et violent et reçoit une « remise gracieuse » de la part du président François Hollande.

L’action présidentielle fut rejetée par les magistrats qui estiment que la coupable n’avait pas suffisamment conscience de son crime.

Mais suite à une pression de groupes féministes, Jacqueline Sauvage fut présentée en martyre et le président a fini par lui accorder une grâce totale. Jacqueline Sauvage n’est donc plus en détention bien qu’elle ne soit pas encore innocentée.

Une affaire récente qui met en avant la différence de traitement entre les hommes et les femmes à l’égard des violences conjugales en France.

Cependant, Au Royaume-Uni, une association prend la défense des hommes victimes de violences conjugales. Il s’agit de Mankind Initiative dont une des campagnes de sensibilisation mettant en scène une dispute de couple a permis d’observer au grand jour, le regard de la société sur le sujet.

Dans un premier temps, on y voit un homme qui agresse une femme en public. Très rapidement les personnes autour volent au secours de la dame, menaçant d’appeler les autorités. Plus tard, la scène est jouée avec les rôles inversés. Les réactions sont alors totalement différentes. Les personnes autour prennent la scène en dérision allant jusqu’à se moquer de l’infortunée plutôt que d’intervenir. La chaîne d’informations anglaise, BBC, a également tenté l’expérience et obtenu le même résultat.

Des résultats qui montrent, malheureusement, à quel point la société tend à minimiser les violences des femmes envers les hommes. Ces derniers ne peuvent pas ou ne doivent pas être des victimes au risque d’être la risée de tous mais gare à eux s’ils venaient à se défendre. L’homme est sensé caché ses sentiments, encaisser en silence, il ne doit jamais montrer un signe de « faiblesse ».

Un documentaire que j’ai vu récemment sur Netflix, traite de cette « masculinisation abusive » de l’homme aux Etats-Unis.

tmyli_poster_large« The Mask We Live In » (le masque dans lequel nous vivons) pose la question suivante :

La masculinité américaine est-elle nocive à nos garçons, à nos hommes et à notre société en général ?

Des confessions émouvantes et des histoires personnelles atroces qui montrent à quel point l’idée « d’être l’homme » tend à déshumaniser la gente masculine. Ne sachant plus à qui se confier de peur de laisser entrevoir une pseudo « faiblesse », ces garçons et ces hommes se contentent d’essuyer leurs larmes, de faire bonne figure et de souffrir seuls, en silence.

Les enfants grandissent dans deux mondes parallèles avec d’un côté les filles dont on embrasse la fragilité et les garçons dont on encourage la solidité. Ainsi dans un conflit la responsabilité de l’homme est aussi élevée que la crédibilité en tant que victime de la femme. Une fracture qui s’observe même dans la loi et les actions sociales.

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Le document entier ne présente pas de cas de violences envers un homme. Une des phrases fortes est bien « Violences contre les femmes, la loi vous protège » et la secrétaire d’Etat ne le cache pas, elle ne s’adresse qu’aux femmes…

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Une situation qui ne s’améliore pas avec la montée d’un « néo féminisme » aussi puissant qu’en désaccord avec sa mission originale, l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais ça c’est un autre sujet que j’aborderai très bientôt.

Et vous, que pensez-vous de la violence des femmes envers les hommes et de la manière dont elle est perçue en France ?

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