L’euthanasie, quésaco?

Le terme d’euthanasie vient du grec ancien signifiant « bonne mort » et désigne une mort « douce » de façon naturelle ou provoquée. Actuellement, elle est surtout décrite comme une pratique visant à interrompre les soins d’un patient atteint d’une maladie incurable provoquant à celui-ci des souffrances physiques et/ou morales insupportables.

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Est-elle légale et/ou légitime?

En France deux lois encadrent l’euthanasie : la loi de 2002 sur le droit des malades ainsi que la loi Leonetti de 2005 concernant les droits des patients en fin de vie. Désormais, la de 2002 stipule qu’un médecin :

« doit s’abstenir de toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique et peut renoncer à entreprendre ou poursuivre des traitements qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou qui n’ont d’autre objet ou effet que le maintien artificiel de la vie. »

Le code de la santé publique prévoit également la possibilité d’abréger les souffrances d’un patient :

« Les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort. Si le médecin constate qu’il ne peut soulager la souffrance d’une personne, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qu’en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d’abréger sa vie, il doit en informer le malade, sans préjudice des dispositions du quatrième alinéa de l’article L. 1111-2, la personne de confiance visée à l’article L. 1111-6, la famille ou, à défaut, un des proches. La procédure suivie est inscrite dans le dossier médical. »

Plusieurs cas ont fait avancer ces lois afin de les rendre plus adaptables. En effet, un patient a le droit à la dignité dans la mort. Pour cela, un malade se doit de déclarer par avance son refus de prolongement des soins paliatifs et de désigner une personne de confiance qui pourra faire valoir la décision du patient au moment adéquat.

Vincent Lambert, qui est-ce?

En 2008, Monsieur Lambert Vincent, un français âgé de 32 ans à l’époque, se retrouve dans un état végétatif puis ensuite dans un état de conscience minimal dit « pauci-relationnel » à la suite d’un accident de la route. Cet état décrit un patient incapable de suivre de manière cohérente des instructions simples mais qui démontre néanmoins un état de conscience de son environnement. Ces patients peuvent présenter des changements comportementaux et émotionnels induits par des stimulations verbales (voix familière). Cet état est donc à différencier de l’état dit végétatif. Il a été également démontré que les patients dans un état pauci-relationnel perçoivent les émotions et la douleur.

Pourquoi il y a-t-il débat?

Comme dit précédemment, Vincent Lambert est dans cet état de conscience minimal depuis dix ans. Dix longues années à rester immobile sans pouvoir manger et boire sans assistance, parler ou au moins communiquer.

En effet, en avril 2013, après plusieurs années à essayer d’améliorer l’état de M. Lambert, l’équipe médicale chargée de son cas décide, avec l’aval de sa femme, de cesser de l’alimenter et de l’hydrater. Mais le tribunal administratif annule cette décision du CHU de Reims car l’équipe médicale n’avait pas demandé l’avis de tous les autres membres de sa famille proche – ses parents, ses frères et soeurs.

Une bataille juridique commence

En septembre de la même année, le CHU de Reims décide à nouveau d’entamer une procédure quant au cas de Vincent Lambert mais en prévenant, cette fois-ci, tous les membres de sa famille proche par lettre recommandée. En janvier 2014, la dite procédure aboutit encore une fois à une décision d’arrêter les soins de M. Lambert. C’est à ce moment là qu’une longue bataille s’engage avec deux parties, une composée de la femme de Vincent Lambert, son équipe médicale, son neveu et six de ses huit frères et soeurs et la seconde englobant ses parents et les deux autres frères et soeurs.

En 2014 également, son état ne s’améliore pas, même au contraire. L’expertise, demandée par le Conseil d’Etat, conclut que :

« l’état clinique de Vincent Lambert correspond à un état végétatif « , avec « des troubles de la déglutition, une atteinte motrice sévère des quatre membres, quelques signes de dysfonctionnement du tronc cérébral » et « une autonomie respiratoire préservée ». L’évolution clinique est marquée par la disparition des fluctuations de l’état de conscience qui avaient été constatées lors du bilan effectué en juillet 2011 au Coma Science Group du centre hospitalier universitaire de Liège, ainsi que par l’échec des tentatives thérapeutiques actives préconisées lors de ce bilan, ce qui suggère « une dégradation de l’état de conscience depuis cette date. La sévérité de l’atrophie cérébrale et des lésions observées conduisent, avec le délai de cinq ans et demi écoulé depuis l’accident initial, à estimer les lésions cérébrales irréversibles. Vincent Lambert peut réagir aux soins qui lui sont prodigués et à certaines stimulations, mais les experts indiquent que les caractéristiques de ces réactions suggèrent qu’il s’agit de réponses non conscientes et n’ont pas estimé possible d’interpréter ces réactions comportementales comme témoignant d’un « vécu conscient de souffrance » ou manifestant une intention ou un souhait concernant l’arrêt ou la poursuite du traitement qui le maintient en vie. »

L’affaire prend des proportions niveau européen

La Cour européenne des droits de l’homme rend une décision le 5 juin 2015. Cet arrêt, le premier sur ce sujet à être pris en « grande chambre « , prend de ce fait une importance exceptionnelle. La cour y déclare se limiter à constater que la procédure retenue par la France pour cesser de maintenir Vincent Lambert en vie est bien conforme à l’article 2 de la convention européenne des droits de l’homme. Cet avis de la Cour est important, en ce qu’il valide le cadre réglementaire français sur la manière d’aborder les malades en fin de vie.

Dernières nouvelles de l’affaire et réactions 

En avril 2018, à la suite d’une quatrième procédure collégiale, le Dr Sanchez, en charge de Vincent Lambert, a annoncé à la famille de la victime que le CHU de Reims a décidé d’arrêter les traitements, encore une fois. 

Plusieurs personnes sont contre l’arrêt total des traitements de Vincent Lambert et trouvent cela inconcevable :

Mais certains sont de l’avis de la décision prise à plusieurs reprises par le CHU de Reims :

La mère de Vincent Lambert a écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron, à travers LeFigaro, afin de le faire réagir suite à la décision du Dr. Sanchez :

Pour ma part, il est question de définir la vie de Vincent Lambert. En effet considéré comme handicapé et non en état de mort cérébrale ou dans le coma, il est néanmoins difficile de dire que Vincent Lambert vit. Sincèrement, je ne pense pas que quelqu’un souhaiterait continuer de vivre dans cette situation – dix ans sans pouvoir communiquer ou même bouger. Je peux « entendre » la douleur et la souffrance dont les parents de Vincent Lambert sont victimes, mais je pense également que cette souffrance les aveugle.  Chaque personne doit être en droit de quitter ce monde en paix et non juste exister pendant dix ans voire plus.

Je vous laisse dès à présent réagir sur cette affaire et me donner votre avis.

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